Les Himba sont l’un des peuples les plus photographiés et les plus étudiés d’Afrique. Leurs femmes, recouvertes d’otjize (mélange d’ocre rouge et de beurre de vache), aux coiffures élaborées et aux bijoux de cuivre, sont devenues l’une des images emblématiques de la Namibie et de l’Afrique sauvage. Mais derrière l’image iconique se cache une culture d’une complexité remarquable, qui résiste depuis des siècles à toutes les pressions de la modernité.
🌍 Qui sont les Himba ?
Origines et migrations
Les Himba appartiennent au groupe ethnique Herero. Leurs ancêtres ont migré depuis l’Afrique centrale il y a environ 500 ans, s’installant progressivement dans le nord-ouest de la Namibie et du sud-ouest de l’Angola. Le mot “Himba” signifie “ceux qui demandent” — une référence aux périodes de grande sécheresse où ils mendaient de la nourriture.
Aujourd’hui, environ 50 000 Himba vivent dans le Kaokoland (région de Kunene, Namibie) et dans le Kaokoveld angolais. C’est l’un des peuples africains qui a le mieux préservé son mode de vie traditionnel face à la modernisation.
Organisation sociale
La société Himba est régie par un système de double filiation unique :
- La matrilinéarité (eanda) : l’appartenance de clan, l’héritage spirituel et le nom de famille se transmettent par la mère.
- La patrilinéarité (oruzo) : le bétail, la résidence et certains droits se transmettent par le père.
Cette dualité crée un réseau social complexe où chaque individu appartient simultanément à deux clans différents, régissant les mariages (endogamie et exogamie selon les cas), les héritages et les responsabilités.
Le cheptel — mesure de toute richesse
Le bétail (bovins et chèvres) est le fondement de la richesse et du statut social Himba. Un homme riche possède des centaines de bovins ; un homme pauvre n’en possède pas. Les vaches ne se mangent presque jamais (sauf lors de cérémonies) : elles fournissent du lait et du beurre, servent de dot lors des mariages et représentent la richesse accumulée.
Les Himba parcourent leur territoire selon les saisons, déplaçant leurs troupeaux à la recherche de pâturages. C’est ce semi-nomadisme qui les a maintenus dans leurs zones arides et préservés des influences extérieures.
🔴 L’otjize — le symbole Himba
Composition et préparation
L’otjize est le symbole le plus visible de la culture Himba. Ce mélange est composé de :
- Ocre rouge (hematite) : poudre minérale rouge aux propriétés antiseptiques
- Beurre de vache (beurre clarifié) ou graisse de mouton
- Parfois herbes aromatiques (résine d’omuzumba)
Les femmes préparent leur otjize chaque matin dans une petite calebasse, malaxant soigneusement les ingrédients jusqu’à obtenir une pâte onctueuse. L’application est un rituel quotidien : la femme enduit d’abord ses cheveux tressés, puis son corps, avec ses doigts.
Fonctions de l’otjize
Protection solaire : l’ocre rouge protège la peau des rayons UV intenses du Kaokoland.
Protection contre les insectes : la graisse crée une barrière contre les moustiques et les mouches.
Hygiènes corporelle : les Himba ont peu accès à l’eau (le Kaokoland est l’une des régions les plus arides de Namibie). L’otjize remplace le bain quotidien.
Symbolique culturelle : la couleur rouge symbolise la terre, la vie, le sang et la fertilité dans la cosmologie Himba. Une femme couverte d’otjize est une femme épanouie, en bonne santé, socialement intégrée.
Statut social : la richesse et la fraîcheur de l’otjize (beurre de vache de qualité = richesse) indiquent le statut social de la femme.
💍 Les coiffures et bijoux Himba
Les coiffures féminines
La coiffure est un marqueur d’identité fort dans la culture Himba. Les jeunes filles (avant la puberté) portent deux tresses pendantes vers l’avant. Les femmes mariées portent l’erembe, une coiffe en cuir de chèvre décorée d’ornements, les cheveux dressés et enduits d’otjize en une structure sculpturale complexe.
Les ornements masculins
Les hommes Himba portent moins d’ornements que les femmes, mais leur style est aussi codifié. Les hommes non mariés portent une seule tresse (ondatu) vers l’avant. Les hommes mariés couvrent souvent leur tête d’un tissu.
Les bijoux
Les bijoux Himba sont fabriqués en cuivre, en coquillages (ombalantu) et en métal. Les femmes portent de nombreux bracelets de cuivre autour des poignets et des chevilles, dont certains pèsent plusieurs kilos. Ces bijoux s’accumulent au cours de la vie et leur retrait n’est autorisé que lors des cérémonies de deuil.
Le collier de coquillage de nautile (ohumba), porté autour du cou des femmes mariées, est le symbole le plus sacré du mariage Himba.
Tours culturels Himba en Namibie
Visites guidées responsables dans les villages Himba du Kaokoland.
🏡 La vie quotidienne dans un village Himba

Le kraal
Le village Himba traditionnel (kraal) est organisé de façon précise : les maisons en argile et en bouse de vache sont disposées en cercle autour du feu sacré (okuruo) et du kraal à bétail. L’entrée du village est toujours orientée vers l’est (le soleil levant).
Le feu sacré (okuruo) est l’élément le plus sacré du village. Il représente le lien entre les vivants et les ancêtres. Il ne doit jamais s’éteindre, et certaines personnes ne peuvent jamais passer entre le feu et le kraal à bétail.
La journée type
L’aube : les femmes se lèvent en premier pour traire les vaches et préparer le porridge de millet. Application de l’otjize.
La matinée : les hommes et les adolescents conduisent les troupeaux vers les pâturages. Les femmes s’occupent des enfants, de la fabrication de l’artisanat (poteries, bijoux) et de la collecte de bois.
L’après-midi : retour des troupeaux au coucher du soleil. Le village se réunit autour du feu pour manger et se raconter la journée.
La religion et les ancêtres
Les Himba pratiquent une forme de polythéisme animiste centrée sur le culte des ancêtres. Le dieu suprême (Mukuru) est inaccessible directement, et les prières passent par l’intermédiaire des ancêtres divinisés. Le feu sacré est le canal de communication principal.
Le prêtre du feu (ombuku) est le gardien de la mémoire ancestrale du village et le conseiller spirituel du chef.
📷 Comment visiter les Himba de façon éthique

Les règles absolues
- Venez toujours avec un guide local : il connaît les villages, parle le language et peut négocier les conditions de la visite.
- Demandez la permission : ne vous installez jamais dans un village sans invitation ou autorisation explicite du chef.
- Respectez l’espace sacré : ne touchez jamais le feu sacré, ne passez pas entre le feu et le kraal, ne photographiez pas le feu.
- N’entrez pas dans les maisons sans invitation explicite.
- Habillez-vous correctement : épaules couvertes, pas de shorts pour les femmes.
Les cadeaux appropriés
La contribution à la visite prend généralement la forme d’un cadeau pratique pour la communauté :
- Farine de maïs (2–5 kg)
- Huile de cuisine
- Savon
- Sucre
- Tabac (pour les anciens)
Évitez l’argent liquide donné directement aux enfants (développe la mendicité) et les bonbons.
Les agences éthiques
Plusieurs agences namibiennes proposent des visites culturelles responsables dans le Kaokoland :
- Wilderness Safaris : circuits fly-in avec séjour en lodge et visite guidée
- Namibia Nature Foundation : soutient des projets de conservation communautaire
- Epupa Falls Camp : hébergement dirigé par une communauté Himba au bord des chutes d’Epupa
Lodges dans le Kaokoland
Hébergements proches des communautés Himba dans le nord-ouest de la Namibie.
⚠️ Les défis de la modernité
Les Himba font face à des pressions croissantes : le changement climatique amplifie les sécheresses du Kaokoland, menaçant les pâturages et le mode de vie pastoral. Les jeunes Himba migrent vers les villes (Opuwo, Windhoek) attirés par l’éducation et les opportunités économiques.
Le barrage d’Epupa, projeté depuis les années 1990 sur le fleuve Kunene, menacerait de noyer des territoires et sites sacrés Himba. La communauté s’y oppose fermement.
Le tourisme est à double tranchant : il apporte des revenus aux communautés mais crée aussi des effets pervers (dépendance, “zoo humain”, perte de dignité). C’est pourquoi le choix d’agences éthiques et le respect des protocoles est essentiel.
Les Himba sont un peuple qui a choisi la résistance culturelle face à la modernisation imposée. Leur survie culturelle est un bien commun de l’humanité, et chaque voyageur qui les rencontre avec respect devient un peu le gardien de cette mémoire vivante.